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De l'eau de pluie au robinet

Et si, en matière de consommation d'eau,
la solution tombait tout simplement du ciel?


150 m3 : c'est la consommation annuelle d'un foyer français en eau. Or, son prix ne cesse d'augmenter.
Récupérer l'eau de pluie pourrait donc devenir bien plus qu’un geste de bon sens.

Aujourd'hui, l'eau de pluie, faute d'être récupérée, se mêle dans les égouts aux eaux usées. Résultat : il faut la traiter dans les stations d'épuration avant de pouvoir l'envoyer dans le réseau d'eau potable. Or, ce traitement a un coût. Le prix de l'eau en France a augmenté de 3,8 % par an entre juillet 2003 et janvier 2007, atteignant une moyenne de 2,92 euros le mètre cube. Dans certaines régions comme la Bretagne, il avoisine même les 4 euros. Quand on sait qu'une famille de 4 personnes consomme au minimum 160 m3 d'eau par an, on réalise l'étendue de l'économie si l'eau de pluie était récupérée avant d'être souillée. Utopie ? Au contraire, la récupération de l'eau pluviale n'a rien de révolutionnaire. Elle est mise en couvre depuis longtemps dans les lieux où le raccordement au réseau d'eau potable est impossible.
Techniquement, rien de nouveau donc. Mais depuis quelques années, l'idée fait son chemin dans des zones parfaitement approvisionnées en eau potable. Le principe est simple. La pluie qui tombe sur la toiture est dirigée vers une citerne au moyen de gouttières et de chéneaux. La taille de la citerne dépend du volume d'eau récupérable, lequel se calcule en multipliant la surface de la toiture projetée au sol (en m2) par la pluviosité (en m.). Le montant obtenu est multiplié par 0,8, coefficient tenant compte des pertes en évaporation, absorption, etc. Ainsi, à Rennes où la pluviosité est de 680 mm par an, 80 ml de toiture permettent de récupérer 43 m3 d’eau, soit près de 30 % des besoins d'une famille, à Marseille, avec la même surface, on se contentera de 35 m3. Il faut aussi tenir compte de la régularité des pluies : plus la pluviosité est régulibre, plus le volume de stockage doit être important. Mais c'est surtout l'usage visé qui détermine la taille de la citerne. Pour arroser le jardin, laver la voiture, etc., une cuve extérieure de 1000 litres suffit. Le coût d'un tel équipement ? De 50 à 500 euros. Depuis la loi du 30 décembre 2006, les particuliers qui installent un tel système, pour un usage extérieur uniquement, bénéficient d'un crédit d'irnpôt de 25 % du montant des équipements et travaux réalisés.

Quid de l'usage intérieur ? La loi ne prévoit aucune aide. Pour l'instant. « Le dispositif sera complété d'ici à quelques mois pour élargir les possibilités de déduction fiscale à des usages à l'intérieur des bâtiments », avait promis l'ex-ministre de I' Ecologie Nelly Olin lors du vote de la loi. Des déductions qui seront les bienvenues car la mise en place d'un système de récupération d'eau pour un usage intérieur s'avère plus onéreuse. Le dispositif est plus complexe: l'eau doit être filtrée avec soin et stockée à l'abri de la lumière, afin d'éviter toute prolifération bactérienne. A noter que les coûts d'installation d'une cuve enterrée seront moins élevés si le trou est creusé par l'entreprise chargée des fondations. Là encore, l'installation dépend des usages. A l'intérieur, le plus répandu est celui de l'alimentation des toilettes, note Bernard de Gouvello, ingénieur du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB). Quelle capacité de stockage faut- il alors prévoir ? Selon le CSTB, en tablant sur l'utilisation de 504 litres d'eau par semaine pour une famille de 4 personnes et avec une surface de toiture projetée au sol de 113 m2, 2,5 ml suffisent.Mieux encore, reprend Bernard de Gouvello. Notre expérimentation a montré que près de 60 % de la pluie récupérée était évacuée par le trop-plein sans être utilisée... de quoi envisager d'autres usages! L’alimentation du lave-linge est l'un d'eux. Elle nécessite un deuxième système de filtration, placé en sortie de pompe. Il faut alors compter 5 000 euros d'investissement, et pour 3 000 de plus, la cuve de 10 m3 peut même alimenter la douche.

UN GESTE CITOYEN.

En théorie, si on limite l'usage de l'eau du réseau à l'eau de boisson et de cuisine, on peut économiser plus de 90 % sur sa consommation , explique Ugo Degrigny, ingénieur au bureau d'études Fiabitat, spécialisé dans la conception de maisons écologiques. Jean-Michel Axès, ingénieur hydraulicien au CSTB, est plus prudent : « les économies d'eau dépasseront difficilement 40 %, les freins étant juridiques, sociétaux mais aussi techniques : il faudrait disposer d'une grande surface de récupération pour subvenir à tous ses besoins. Et la pluie n'étant pas régulière dans certaines régions, la cuve sera parfois vide. » Reste que 40 % d'économie, ce n'est pas négligeable. Mais cela permet-il de rentabiliser l'investissement ? La rentabilité est difficile à chiffrer. Du fait d'un engouement récent, beaucoup d'offres opportunistes sont nées avec des prix non encore stabilisés, explique Bernard de Gouvello. Et Jérôme Violet, de la société Eau forte, concède : La motivation principale de nos clients n'est pas d’économiser de I'argent ; ils effectuent avant tout un geste citoyen.Un geste qui pourrait devenir précieux, pas seulement pour la planète, si le coût de l'assainissement de l'eau continue à augmenter. En France, entre 2006 et 2007, le prix de la dépollution des eaux usées a progressé de 6,7 %.

LES EAUX USÉES: L'AUTRE SOURCE.

Pour récupérer l’eau de pluie, encore faut-il que les précipitations soient au rendez-vous. Ce qui n'est pas le cas partout. D’où l’idée de recycler les eaux usées. Il en existe deux types : les eaux grises (lavabos, cuisine, lave-linge, douche, etc…) et les eaux vannes (WC). Seules les premières sont recyclables. Dans certains immeubles japonais, les eaux grises sont récupérées dans une citerne située au sous-sol, grossièrement traitées puis renvoyées dans l’immeuble pour alimenter les chasses d’eau ou servir au jardinage, explique Nicolas Bernet, chercheur au Laboratoire de biotechnologie de l’environnement, à Narbonne. La consommation peut ainsi être réduite de moitié. Cependant, ce type d'installations est mieux adapté aux habitations. Collectives ou semi-collectives. Difficile d'installer une station de traitement dans sa cave. Mais les eaux usées peuvent avoir un autre usage : fournir de l’énergie pour chauffer les bâtiments. En effet, elles ne tombent jamais en dessous de 10C°. Ainsi, dans la ville de Winterthur, en Suisse, les eaux usées alimentent une pompe à chaleur qui assure 70% du chauffage de 400 habitations. De façon plus expérimentale, l’équipe de Jürg Keller, de l’université de Queensland, en Australie, a mis au point une pile à combustible microbienne. Depuis cet automne, elle traite une partie des eaux usées d’une brasserie de Brisbane, produisant une puissance égale à 2 kW par jour, soit suffisamment pour alimenter une maison individuelle.

QUE DIT LA LOI.

En France, tout propriétaire a le droit d'user des eaux pluviales tombant sur son terrain (art. 640 et suivants du code civil). Mais si l’usage extérieur n'est soumis à aucune restriction, certaines Ddass ne délivrent pas d'autorisation d'usage des eaux pluviales à l'intérieur des bâtiments collectifs. Dans l'habitat individuel, la règle est au laisser-faire, mais le réseau public d'eau potable doit être préservé de tout retour d'eau de pluie, ce qui exige l'installation d'un double circuit d'eau et d'un disconnecteur, une sorte de vanne de sécurité.

Pour en savoir plus:
Hors Série Science & Vie. La maison du XXIème siècle.

Commentaires

1. Le mardi 20 mai 2008 à 18:45, par yves leers

La première phrase de cet article ("Aujourd'hui, l'eau de pluie, faute d'être récupérée, se mêle dans les égouts aux eaux usées. Résultat : il faut la traiter dans les stations d'épuration avant de pouvoir l'envoyer dans le réseau d'eau potable.") est inexacte:
1 - La collecte des eaux usées est indépendante de celle des eaux de pluie. Lors d'un raccordement à l'assainissement collectif, ce point est d'ailleurs soigneusement vérifié. Les eaux de pluie rejoignent en général la nature ou la voirie et les égouts qui ne sont pas reliés à des unités de traitement.
2 - L'eau des stations d'épuration n'est pas renvoyée dans le réseau d'eau potable après traitement, mais dans les fleuves ou rivières les plus proches. On pourrait imaginer un traitement très poussé qui permette une réutilisation en eau potable, mais le coût serait très élevé.

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